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Pages dédiées à la critique des livres des Editions Clarisse (en construction)
Critiques sur le livre
Dits en plain désert de Michel Voiturier (Belgique)
Nos Lettres n° 6-7, 2009
Michel Voiturier — Dits en plain désert précédé de Perfidies de la frontière,
Editions Clarisse, Dieppe. Coll.Poèsie
Poèsie : « l’accent grave sur l’e muet est absolument fait exprès» nous précise l’éditeur. Bien. Je suppose qu’il en va de même pour l’a du plain désert de Michel Voiturier et qu’il nous expliquera à l’occasion la raison du choix de cette graphie...
Il n’est pas un texte de ce recueil qui laisse indifférent, tant par le fond que par la forme. Le fond : une pensée serrée, ramassée, réfléchie, jamais commune, jamais banale; la forme: sobre, ramassée elle aussi, des images heurtées, coupantes, éclats de mica, plaques de schiste, et tout à coup, parmi elles, l’image totalement neuve qui coupe le souffle et qu’on n’oubliera plus.
Les titres des textes de Perfidies de la frontière, première partie du recueil : Origine, Source, Affront, Pointillé, Boue, Mur, Rafale, Limite, Exil, Rejet... —, résument à eux seuls les tragédies et les perfidies des frontières et combien le poète s’insurge et se révolte contre ces pointillés qui cernent les destins et divisent les êtres.
Les Dits en plain désert sont d’une facture différente, images de traversée plutôt comme à la pointe sèche, brûlantes, arides, physiques, davantage limitées aux réactions des sens, tous les sens en alerte, altérés, rêves et mirages mêlés, lumière, sable, soleil, silence... Je ne sais si Michel Voiturier s’y rendit, moi qui le traversai, ses textes m’y ramenèrent, me faisant ressentir comme si j’y étais encore que le gel des nuits n ‘annule pas le torride du jour; que la moindre goutte d’eau sera, sur les papilles, un cru au-delà de tout millésime, et le thé à la menthe et les roses des sables et même :
Quelquefois encore le mirage. Tableau selon Magritte avec pour écran d’azur immaculé du ciel.
Y trouver les ardeurs pêle-mêle. Reconnaissables ou déguisées. Les identifier afin de savoir laquelle fera illusion cette fois.
France Bastia
Reflets n°20/ 2009
Michel Voiturier, Dits en plain désert, éditions Clarisse
Deux parties composent le nouveau recueil de Voiturier : Perfidies de la frontière met en garde contre l’instinct de propriété qui se mue très vite en pouvoir d’être là, en puissance écrasante des bornes, des balises, des barbelés, des lois, des créneaux militaires, des barreaux totalitaires, des pointillés sur les cartes comme des trous assassins sur des cibles. Demeurer nomade, en recherche constante de l’ouvert, du sentier boueux qui annule la borne, quitter l’immobile pour accéder au trajet, tel est le recours auquel nous fait réfléchir en profondeur le poète.
Dits en plain désert. Les leçons du désert. Qui n’en aura pas besoin, un jour creux de sa vie ? Y apprendre l’impermanence. Le vent y sculpte sans cesse le provisoire et un semblant d’éternité, comme un mirage. Il faut y progresser sans savoir, sans repères, sans mesures, sinon celles du pas, de la marche elle-même, minuscule, têtue, réduite à l’élémentaire. N’apprécier que les temps essentiels, les contrastes aigus, les gouttes vitales, les odeurs qui nourriront la mémoire, les roses minérales, les gels lucides, les thés rêches qui brûlent les mots, et le sable, encore et toujours, le sable qui ponce le texte et le rend sec et acéré comme un os de fennec abandonné au soleil implacable.
De la très belle écriture, aiguisée au couteau de voyage et trempée avec parcimonie dans l’eau rare d’une oasis.
Michel Ducobu
La toile de l’un
Dits en plain désert
précédé de Perfidies de la frontière
Michel Voiturier
Éditions Clarisse 2009
ISBN : 978-2-912852-24-3
Prix : 10€
À propos des éditions Clarisse
Réflexion et contemplation. Deux maîtres mots pour ce livre qui nous propose d'abord 19 poèmes où la frontière artificielle est en questions. La frontière et ses conséquences : spoliations, instincts, frustrations, tout ces artifices qui finalement enchaînent leurs lots de combats et de guerres. Du coup, l'ensemble qui suit construit, à force d'observation, une manière d'antidote. Elle installe la grandeur dans l'infime et l'immense, l'éphémère dans l'absolu. Une leçon de désert peuplé… qui devient un territoire où se réapproprier ce qu'être humain et au monde veulent dire.
Alain Boudet
www.boudully.perso.cegetel.net/#coupcoeur
L’Arbre à Paroles, n°143/2009
Michel V0ITURIER
DITS EN PLAIN DÉSERT
CLARISSE
«Autrefois, frontière s’appelait rivière ou éperon, mer ou brisant. Quand vinrent les hommes avec leur idée de lopin, tout changea.» Ainsi débutent les Perfidies de la frontière, prologue et regard sans tendresse, parce que lucide, sur ce redoutable prédateur qu’est l’humain dans un monde où «Quiconque pose son ombre sur l’herbe d’un autrui passe du côté du soupçon » : « Encore un pas et c’est le barbelé. » Reste le désert dans sa plénitude et sa « planitude » : « La rafale crée le grain. Et la dune. Elle s’évertue à la modifier sans cesse. Sculpteur de provisoire et d’éternel. (...) Ce qu’elle façonne, elle le déconstruit, insatisfaite permanente. Elle invente juste pour s’adapter aux souvenirs que l’esprit enterre, déterre, déforme.» Et l’homme, le voyageur, le poète ? Il ne peut qu’ « Espérer que l’oasis ne mène pas uniquement au mirage», car « La persévérance s’écrit dans un sable où s’effacent les traces» : « Et puis l’oasis. (...) On espérerait presque. Sauf à se demander si le réel est audible.» Une parabole de notre destinée, marquée par l’ « Impuissance devant l’insinué » : «Choisir selon l’élan du moment. Et le traverser sans se rendre compte qu’on est déjà de l’autre côté.» Et Michel Voiturier de conclure en doute majeur : «Ainsi s’estompent les empreintes. Sans épitaphe. Entre fournaise et ingestion. Demeurent, peut-être, mémoire et pensée. »
Francis Chenot
Michel Voiturier, Habiter l'image, L'Arbre à Paroles
Une anthologie a le mérite de vous faire voir l'homme poète d'un bout à l'autre de son chemin d'écriture et de vous faire connaître, de la racine à la cime, le véritable arbre à paroles qu'est l'auteur qui en est 1'heureux bénéficiaire, Voiturier, le bien nommé.
Avec lui les mots sont chargés forts et drus sur le bois de la charrette et voyagent au grand air comme des bûches promises à un revigorant brasier. Bien tranchés, jetés nets sur la page, ils ne s'embarrassent guère de frondaisons inutiles. Ce sont là de forts éclats, de solides coups de bélier, décochés vers le plus loin/ avec cette frénésie/ qu'aime la foudre... Vers incisifs, écorcés jusqu'à l'os, bourrés encore d'une salive vivante qui y court comme un mince filet d'ironie, vers taillés au scalpel qui vous renvoient vers le dedans, l'intérieur trop emmuré et vous font toucher sans ménagement le dur de l'être. Sans fioritures, sans liant facile, sans autre forme parfois que celle de la pensée affûtée comme une lame. Crissé par la plume, le vers de Voiturier sera caresse quand même. Sans pouvoir le cacher, sans le vouloir même souvent, le poète demeure avant tout un amoureux des vies et des paysages, des corps, des arômes et des anges, et même, peut-être davantage encore, des lézardes et des sortilèges givrés qui comblent, un temps, les failles de nos routes. Derrière le bref, le sous-entendu très senti, au-delà du distique décapant, la comparaison assassine, demeure par bonheur l'attrait de la richesse qui se sait sève. Poète en peu et en pointes, penseur partout où il y a du sens à faire jaillir de la pierre polie des lieux communs, prédateur lucide d'une image à investir de toute sa conscience dressée comme un oiseau de proie, Voiturier invite le lecteur fraternel à
profiter de la faille
se mettre au chaud de la blessure
et viendra soit l'écrasement
soit le désir
Michel Ducobu in Reflets, n°15, Bruxelles, 2008 (p.20-21)
Ligne de Frondaison,
Chronique de Jean-Pierre Védrines dans de la revue SOUFFLES
Paternelles
Moins tragique, la poésie de Michel Voiturier [v] entretient avec le réel une distance sans complaisance. L'auteur est né en 1940 à Tournai, il anime des ateliers d'écriture, chroniqueur littéraire et performeur en poésie. La vie du père - à la mémoire de Maurice, menuisier-ébéniste de mes jours écrit-il en liminaire - la famille et les branches au pied du tronc qui ne changent pas la généalogie.
Une poésie raréfiée, tendrement ouverte au quotidien : le charbon remonté de la cave/ l'eau en sa casserole/ quand la mère et le fils débouleront du haut/ senteur fine du café déjà passé. Une poésie du quotidien, donc, de ces minutes qui nous brûlent encore des années après: l'odeur de la sciure, le ciseau qui entame le bois, le copeau spiralé. Un chant qui rappelle à l'homme le geste de l'enfant, son pouvoir dérisoire. Et puis, ultime simplicité, le regard sur la mort du père :
“ ses mains avaient les mêmes noeuds que les planches
l'écorce se laissait peu percer
son sourire éclatait franc
et ses larmes m'apprirent qu'un homme aussi
une pelletée de terre
la boîte retourne à ses racines
ainsi qu'il se doit.”
http://www.vedrinespoesieroman.com/lignedefrondaiso/index.html
Article courrier de l'Escaut